Je fais le trottoir

Le long du trottoir

Je balaie du regard

Des confettis, des pétards

Une capote, trois mégots

de notaires notoires,

de keums ou de go’s.

Je fais le trottoir?

Non,c’est le trottoir qui me fait.

Les aiguilles de ces dames

talonnent mon regard affamé.

Des fois ça glisse,

des fois ça passe,

des fois ça crisse,

des fois ça casse.

Quand sonne le glas-gla de l’hiver,

Nappé de verglas

Le trottoir, Patatra,

ramasse culs et merveilles.

Je fais le trottoir?

Non, c’est le trottoir qui me fait.

La banquise bancale me fume.

J’ai trotté trop tôt

Sur le trottoir trop tard.

J’ai trotté trop tard

Je me suis trop tu

Quand sur moi l’aigle noir

sûrement a fondu.

Je fais le trottoir?

Non, c’est le trottoir qui me fait.

De tému à te-pu, le système n’est pas repu.


Quelques pigeons picorent

des mégots lentement

d’autres pigeons sur le port

se font plumer… avec ravissement.

Trois fêlés et un fondu

rasent les murs au poil dru

Deux chiens chient mollement

tels des doges allemands

Je fais le trottoir?

Non, c’est le trottoir qui me fait.

Monsieur Propre fait du sale. Sale époque.


Sur le trottoir y’a des pavés

Sur les pavés y’a la merde

Qui coule, qui cale et qui colle

Sous les pavés y’a la mer

Qui coule, qui cale et qui colle

Puis il pleut, puis il drache

Page blanche. Je flanche.

On recommence.

Je fais le trottoir?

Non, c’est le trottoir qui me fait.

Une jonquille, un junkie.

Ce matin, le jour me nuit.


Et ça rime et ça rame

Comme tartine et boterham

Et elle rame, et s’arrime

La flottille en Palestine.

L’espoir naît sur les trottoirs

La tête sous la botte

D’une bite sans tête.

L’avenir est au trottoir

Aujourd’hui n’est pas trop tard

Pour le plus vieux métier du monde

S’indigner.

Je fais le trottoir?

Non, c’est le trottoir qui me fait.

Idéaux, chemises noires…

Le monde n’est pas refait.

Mais ce soir, un poète l’a plumé.



Un texte imaginé pour une soirée slam à La Clamerie
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